Lettre du père Alphone Goettmann
Ne pouvant être présent physiquement à votre colloque sur le jeûne, je m’y rends avec tout mon coeur. Dans le contexte actuel, votre initiative est de la plus haute importance ! L’homme d’aujourd’hui a perdu ses repères essentiels. La société nous apprend, dès le plus jeune âge, à consommer et non à communier. Elle nous jette dans un univers de dépendances qui consomment notre être au lieu de l’épanouir. Le jeûne nous invite à faire table-rase pour nous enraciner dans le mystère de l’Homme et de Dieu. Il n’y a qu’un bonheur possible : la dépendance absolue de Dieu seul ! Le jeûne nous permet de Lui offrir cette seigneurie sur notre vie, qui est un Chemin de liberté et de joie au-delà de toute espérance... Je souhaite ardemment que votre Rencontre suscite avec puissance un éveil à cette nouvelle Conscience !
Les témoignages qui suivent sont issus de jeûneurs ayant participé à des sessions de jeûne en groupe. Ils ont choisi de témoigner de façon anonyme.
Mieux m’accueillir moi-même pour mieux accueillir les autres
C’est le regard lumineux de ceux qui rentraient d’une session de jeûne il y a quelques années qui m’a donné envie de me pencher sur cette question du jeûne.
Pour moi, le jeûne, c’était le vendredi, une journée avec des maux de tête et qui ne correspondait pas à grand chose puisque supprimer la viande ne me gênait guère, je préfère de loin le poisson !
Alors, j’ai posé des questions sur la pratique du jeûne dans l’église dont je fais partie. Les réponses m’ont rendue curieuse et je me suis lancée.
Une fois passé le moment désagréable de la purge du premier soir, j’ai senti que le fait de vider mes intestins m’allégeait de façon étonnante dans tous les domaines :
corporel : pas de sensation de faim, une légèreté surprenante et surtout le nettoyage opéré, parfois après des remontées de douleurs vives mais rapidement disparues, de grosseurs, de maux divers... Découverte qu’une petite sieste n’est pas du temps perdu mais au contraire gagné, quelle surprise pour moi qui cours toujours, que ce rapport au temps, différent.
psychologique : « lâcher prise », cela fait remonter bien des choses enfouies, des émotions, des prises de conscience, des larmes aussi, me donner le droit de ne rien faire, de laisser faire en moi ce qui peut se faire, le jeûne m’a amenée à cette découverte.
spirituel : quelle sensation que de communier après plusieurs jours de jeûne ! Accueil d’une rencontre au plus profond de moi ! Rencontre qui m’a amenée peu à peu à la méditation quotidienne et cela change la couleur de mes journées, la couleur de mes rencontres avec les autres et avec moi aussi. Découverte que ce temps que je me donne de jeûner, de méditer m’amène à m’accueillir comme je suis et donc à mieux accueillir les autres... Quel chamboulement et moi qui croyais "savoir faire" !
C’est vrai, ça bouscule une telle expérience, mais j’ai eu la grande chance de pouvoir la faire accompagnée dans tous les domaines et dans des groupes respectueux... Car mon addiction, maintenant, c’est la récidive !
Moins d’embouteillages sur mon chemin intérieur
Je jeûne depuis plusieurs années. Les premières fois, c’est surtout le bien être physique qui m’est apparu comme évident : le repos des organes, le nettoyage du corps, la disparition de douleurs, de blocages, d’inflammations, de petits kystes... C’est maintenant le bien être psychique qui me paraît important, la remise en ordre des priorités, la gestion des émotions, des relations aux autres simplifiées, l’énergie (physique et psychique) de mettre en oeuvre ce qui est nécessaire pour atteindre mes buts. Petit à petit, sur le plan spirituel, une plus grande harmonie s’est installée en moi, une discipline plus facile à mettre en place comme la méditation quotidienne par exemple. Le jeûne m’a aidée à me désencombrer intérieurement, à me nettoyer sur tous les plans, ce qui facilite et simplifie aussi la recherche de Dieu en moi, c’est comme s’il y avait un peu moins d’embouteillages sur mon chemin intérieur.
L’acceptation
Mon premier jeûne est récent et a induit des changements dans ma vie. Je ne peux dissocier les trois parties : corps, âme et esprit. Sur le premier, les effets ont été extraordinaires : tout l’intestin, qui était bloqué depuis des années et engendrait des douleurs permanentes, s’est tout simplement remis à fonctionner. Finie la sensation du ventre en béton, c’est l’allègement ! Sur le plan spirituel, la semaine de jeûne m’a permis de retrouver de la sérénité dans mon rapport à Dieu. J’ai accepté l’idée que Dieu a fait sa demeure quelque part en moi et cette certitude m’a fait ressentir une très grande paix. Je suis entrée dans l’acceptation du regard bienveillant de Dieu et, de ce fait, dans la réconciliation avec mon passé, avec moi-même. A moi de lui laisser plus de place libre... Les implications sur le plan psychique ont été inattendues : j’ai pris conscience d’avoir vécu toujours dans l’arbitraire d’autrui, au détriment de moi-même. Je me suis mis à m’accepter, à me respecter enfin, sans me dévaloriser. Cela m’a conduit à m’affirmer et à vivre dans la confiance. Mais cela a eu des conséquences : je me suis éloignée de ce qui ne me respectait pas, de ce qui était mauvais pour moi et cela a un coût. Cela aussi il faut l’accepter... La rencontre avec les autres jeûneurs est un moment exceptionnel : on entre dans une relation authentique. Des prochains jeûnes, j’attends de trouver le chemin vers des rapports apaisés à autrui.
Le confort, le plaisir
Voici ce que m’a apporté le jeûne. En tout premier lieu, un confort intestinal (à chaque jeûne je retrouve un ventre plat). En second lieu, cela me permet de me détoxiner pendant cette période et d’avoir une énergie plus grande passé le 4e jour de jeûne. Mais également, le plaisir après la diète de mieux apprécier, gustativement parlant, la nourriture. Enfin, en dernier, tout le temps libéré par la préparation des repas peut être utilisé à bien d’autres activités !
Une énergie incroyable
Je jeûne depuis plusieurs années. La première fois, j’avais un peu d’appréhension : serai-je capable de tenir une semaine sans nourriture ? Aurai-je des chûtes de tension ? Puisque je suis sujette à cela... Mais cette première fois j’ai ressenti un grand bien-être physique, une énergie incroyable m’habitait et surtout quelque chose que je ne peux décrire : à l’Eucharistie la communion a pris une autre dimension pour moi. Une présence qui était sûrement là les autres fois, mais que je ne percevais pas avec cette intensité. A chaque fois, aux autres jeûnes, un bien-être physique, une légèreté, une grande énergie, une meilleure vision, des perceptions plus profondes de mon être intérieur. Une certitude : je dois continuer. Mais maintenant le nettoyage a commencé à un autre niveau. Actuellement aux temps de prière quotidienne s’ajoute la méditation.
La peur de manquer disparaît
Ne plus être dépendante de la nourriture me rassure, car la nourriture, pour moi, est compensation d’un manque, et ce manque disparaît pendant le jeûne. C’est une rupture avec mon quotidien. Faire un jeûne avec une demande spirituelle donne plus de sens ; je me sens plus reliée à Dieu, plus vraie, je vis dans l’instant présent. Je n’ai plus aucun doute. Il m’arrive d’avoir des moments de fatigue, je les accueille, je m’allonge et ils disparaissent : le corps réagit, c’est normal. Depuis mon premier jeûne, il y a 4 ans (j’en suis à mon 5e), une transformation s’est opérée dans mon rapport à la nourriture, je mange très peu de viande, j’ai arrêté le café et inclus les céréales, j’essaie de manger plus sain car j’ai conscience du travail d’élimination que fait mon corps. Si je devais donner conseil à un ami, je dirai que le jeûne nous ramène à l’essentiel car c’est un temps de repos pour soi. C’est bon pour notre santé physique et morale. De plus, la peur de manquer disparaît.
L’ouverture à une autre dimension
J’ai voulu vivre une démarche spirituelle et rompre avec la vie de tous les jours, prendre du recul... La matinée s’avérait difficile physiquement mais l’exercice m’apportait une sensation de liberté d’expression (je suis moins étriqué dans mes mouvements, ils sont plus amples). La méditation m’a permis de me centrer, de m’épanouir à l’intérieur de moi, de m’alléger, briller... Le moment le plus important était l’eucharistie, qui m’imprégnait pour la journée. C’est l’ouverture à une autre dimension et à mieux se connaître.
Un cadeau que je me faisais
Je connaissais des gens qui avaient vécu cette expérience et en semblaient satisfaits. Etant rassurée de son aspect positif, j’en ai eu l’utilité pour à la fois u n nettoyage du corps (élimination des toxines) et un recentrage de l’esprit (une semaine de vraies « vacances »). J’y ai vu enfin la possibilité de faire le point avec ma démarche spirituelle. J’ai vécu cette semaine comme un cadeau que je me faisais à moi même, et par ricochet, à mes proches, car je sentais que j’allais rentrer plus belle, plus sereine, plus humaine, plus porteuse de lumière. J’ai apprécié de me sentir plus légère, plus svelte dans mon corps. J’ai aimé vivre cette expérience au sein d’une groupe car les échanges étaient bons comme de la nourriture. J’ai eu des moments où j’avais envie de retrouver la nourriture : j’ai vu défiler les plats tous simples que je cuisine à la maison. J’ai été peu pressée de pouvoir faire la reprise alimentaire.
On ne jeûne pas pour perdre du poids
Faire le choix de jeûner correspond à un besoin d’aller à l’essentiel, de se connaître soi d’abord. Cela correspond aussi à une éthique, une façon de dire halte aux excès, halte aux abus, d’en prendre conscience et de changer... et de faire changer autour de soi. On ne fait pas une semaine de jeûne pour perdre du poids, ou simplement par curiosité ! Je suppose que si tel était le cas, la semaine serait très douloureuse. Et je déconseillerais à quiconque, même très courageux, motivé ou volontaire, de se lancer seul dans une telle expérience. Ce qui était appréciable, c’est que tous les participants étaient animés d’un même objectif et par une même motivation. Bien sûr, il y avait des personnalités différentes, mais chacun était très respectueux de l’autre et des autres.
J’ai retrouvé l’harmonie entre corps et esprit
Il y a environ 4 ans, j’ai écouté le témoignage d’une personne qui venait de vivre un jeûne. Sans savoir pourquoi cela a fait résonance en moi, une confiance dans cette démarche. Aujourd’hui, je peux l’interpréter comme un appel de Dieu qui me montrait le chemin à suivre pour aller plus profondément à sa rencontre. J’ai eu également beaucoup de chance d’être bien accompagné, et je remercie vivement le prêtre qui a organisé cette semaine pour son regard bienveillant et sécurisant. Lors de ma première semaine j’ai beaucoup pleuré, comme si le groupe permettait de « lâcher prise ». Oui pour moi, le jeûne est un chemin vers cette lumière de Dieu. Et je retrouve l’harmonie entre corps et esprit. Et puis surtout je me rends disponible à l’étincelle divine qui est en moi et qui grandit comme une flamme quand tout ce qui m’entoure, ce que je vis à chaque instant est un souffle que je reçois. Je jeûne rend mon regard plus aiguisé, plus doux aussi. Le regard que je porte sur chacun des membres du groupe est bienveillant et accueille, dans tout ce qui peut se dire ou pas dans le respect de chacun. Je dis aussi le bonheur d’être accueilli pour ce que l’on est ici et maintenant, être authentique sans peur du jugement. C’est déjà être sur le chemin du Christ. Et puis il y a l’eucharistie chaque matin, qui me nourrit, quand je reçois le corps du Christ, c’est tout mon être qui l’accueille, cela ouvre mon coeur, mon âme se réjouit.
J’ai rencontré l’hôte le plus intime de mon être
Il me semblait urgent pour ma santé spirituelle, de prendre un temps pour me demander où j’en étais de ma relation profonde avec le Christ : qui est-il pour moi aujourd’hui et maintenant ? D’autre part part, j’étais gavée de tout : rendez-vous incessants, sorties, amitiés débordantes... et une incapacité de dire non... J’étais littéralement pompée par les autres, toujours à donner de mon temps et de mon énergie, toujours à parler de Jésus-Christ que moi-même je n’avais pas (plus) le temps de rencontrer ! J’avais donc un besoin vital de me vider pour aller à la rencontre de Celui qui m’habite, d’aller puiser à la source, de creuser ce que le manque allait produire en moi. J’avais besoin de me retrouver libre dans ma tête, libre dans mon corps, légère qui simplement. Comment ai-je vécu cette semaine de jeûne ? Je suis allée d’étonnement en étonnement... sans (faim) fin ! Mon corps a tenu bravement le coup : j’ai été étonnée de ne pas avoir faim, de n’avoir pas de douleur spéciale. Sensation de bien-être, de légèreté, de liberté profonde, d’aisance. Mais j’ai franchement détesté toutes ces tisanes à boire, qui devenaient contraintes... Dès le premier jour, j’ai profondément lâché prise ; il me semble que j’ai pu vivre une vacuité intérieure où tous les possibles pouvaient jaillir : de mon corps, de mon coeur, de mon esprit. La marche nous unissait dans un même effort, le partage fraternel se vivait dans une écoute profonde et dans le respect de ce que disait l’autre. Les temps de méditation nous rassemblaient tous dans la communion à l’hôte intérieur. Ce fut aussi un temps d’accueil des émotions, peut-être aussi de fragilité, où d’un lieu parfois inconnu de moi ont jailli des pleurs, des souffrances cachées, englouties qui ont osé se dire en vérité, à d’autres, comme si là encore je continuais à me vider. Et puis surtout j’ai rencontré Jésus, comme l’hôte le plus intime de mon être... J’ai vécu cela comme quelque chose de très naturel. Il est au coeur de ma vie... J’avais du temps, de la béance intérieure pour vivre simplement ma vie avec lui, pour réaliser qu’il est là, en tout ce qui a été vécu dans le temps de prière, dans le chemin « faisant » avec les autres.