À l’écoute sur RDF, l’émission mensuelle Dialogue, enregistrée lors des Assises avec le cardinal Philippe Barbarin. Diffusée sur Lyon, elle est à l’écoute ici. (Prévoir une heure d’écoute).
Retour sur les Assises par notre partenaire La Vie. Lire ici.
Enquête sociologique "Qui sont les jeûneurs en France aujourd’hui ?" : pour prendre connaissance des résultats de l’enquête menée en partenariat avec La Vie, avec le sociologue Jean-François Barbier-Bouvet, cliquez ici.
La pratique du jeûne progresse auprès des Français : à lire dans le Parisien
A lire à la Une de la conférence des évêques de France :
http://www.eglise.catholique.fr/accueil.html
Rendez-vous sur le site du diocèse de Saint-Etienne pour un compte-rendu.
RCF était aussi présent sur les Assises. Pour écouter les enregistrements du samedi 13 février diffusés ultérieurement sur Lyon et au national, cliquer ici.
Écouter l’émission du 2 février 2010 enregistrée avec Jean-Claude Noyé, Françoise Wilhelmi de Toledo, Jean-Baptiste Libouban et Jean-Luc Souveton :
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Écouter l’interview "Chrétiens en marche" de Myriam Lejeune et Jean-Luc Souveton par Jean-Claude Duverger, du 7 janvier 2010.
Écouter l’interview "Culture et foi" de Jean-Claude Noyé par Jean-Pierre Jusselme du 8 janvier 2010 :
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Parution dans Eglise à Saint-Étienne , janvier 2010
Portrait de Jean-Baptiste Libouban
« À la redécouverte du sens »
Jean-Baptiste Libouban fait partie de la communauté de l’Arche Lanza-del-Vasto et est cofondateur des faucheurs d’OGM. Toute sa vie est marquée par une profonde cohérence fondée sur l’action non violente. Enfant déjà, le scoutisme l’a ouvert à la foi, à la vie en groupe et à la nature. Les germes de justice et de partage étaient plantés. Après avoir fait une école supérieure de commerce à Strasbourg, il rencontre Lanza del Vasto, dont la volonté de changer par la non violence une société devenue incompréhensible et injuste l’ont marqué. Il fait sien ce projet, qui nécessite des moyens d’actions particuliers. Comment en effet agir sans contrainte, sans chantage et inviter autrui au changement ? Comment attirer l’autre vers la vérité et la justice ? « Voilà toute la subtilité de la non-violence, confie Jean-Baptiste Libouban. Le jeûne est l’un de ces moyens, à la condition d’être discret et cohérent avec l’ensemble d’une vie. Lors du jeûne mené à l’ONU contre la guerre en Irak, un message a été envoyé individuellement à chaque membre de l’ONU : pas d’ostentation, pas de vérité imposée. » Le jeûne est ainsi pour lui un signe fort pour interpeller l’autre dans sa conscience et lui laisser la liberté et le choix de changer. « Ce n’est pas une idéologie, mais une attitude, une interpellation. » Il est convaincu que la force du jeûne est de dépasser les frontières chrétiennes, mais que les chrétiens eux-mêmes peuvent y trouver un chemin de vie : « Nous avons une religion du corps, depuis le baptême jusqu’à la confirmation, nous l’avons un peu oublié. » Ce n’est pas naturel de jeûner, car la peur inconsciente de la mort est présente. Pourtant le silence du corps qu’est le jeûne laisse une place pour la parole essentielle qui nourrit et apporte connaissance de soi. Saint Augustin disait : « si je me connaissais, je te connaîtrais. » Jean-Baptiste Libouban conclut : « Le jeûne aiguise l’esprit et le corps et nous offre une autre perception du monde. Sagesse (sapiens) signifie saveur. Voilà qui donne du sens et du goût à la vie, non ? »
Entretien avec Jean-Claude Noyé
Jean-Claude Noyé est journaliste à la revue Prier. Il est l’auteur de Le grand livre du jeûne, qui propose une approche du jeûne et des pratiques de spiritualité dans les trois monothéismes et en Orient (indouisme et boudhisme). Un chapitre est consacré au « jeûne et politique » qui tourne autour des grèves de la faim, et un autre sur l’inédit, à savoir la privation totale de nourriture et parfois même de boisson pendant des années comme elle a pu être pratiquée par certains mystiques comme Marthe Robin ou Thérèse Neumann...
Peut-on catégoriser chaque type de jeûne ? Ceux qui font une grève de la faim, un jeûne politique, vivent une expérience spirituelle intéressante, même si ce n’était pas leur intention au départ. Je me suis intéressé aux militants non violents comme Gandhi. Lui ne faisait absolument pas la différence entre la dimension spirituelle et politique du jeûne. Ce qui m’intéresse, c’est la dimension unitive du jeûne : on ne peut pas séparer la dimension physique, psychique et spirituelle du jeûne. Il travaille sur tout cela et nous permet de comprendre que l’on est corps, âme et esprit. Dans les différentes confessions religieuses, on retrouve également des constantes à chaque fois.
La dimension unitive du jeûne se trouvera au coeur des Assises ? Effectivement, ce sera le fil conducteur. Cette première édition mettra l’accent sur la dimension spirituelle notamment avec la venue du père Anselm Grün, bénédictin allemand, et sur la dimension médicale avec la participation des docteurs Myriam Lejeune et Françoise Wilhelmi de Toledo. La part sociétale sera abordée de manière un petit peu plus annexe par deux figures de l’action non violente et par le père Grün qui en parlera dans sa conférence de clôture. Mais les uns et les autres vous diront qu’il ne faut rien séparer.
Gisbert Bölling me disait qu’en Allemagne, le jeûne est un mouvement de masse. On n’a pas la même dimension en France ? C’est peut-être parce que nous sommes au pays de la très bonne bouffe, il faut le dire ! Mais à l’évidence, les Allemands, les Suisses, les Scandinaves et les Russes aussi sont beaucoup plus familiers de ça. Du temps de l’ex URSS, les communistes avaient mis le paquet sur l’approche du jeûne et l’étude de ses impacts sur la santé. Dans ces pays-là, il y a une culture du jeûne qui n’existe pas en France.
Aujourd’hui, quand on pense jeûne, on pense diététique et l’on se pose la question de l’obésité, comme aux Etats-Unis. On se place sur le terrain hygiéniste finalement ? Le premier angle d’attaque c’est souvent celui-là. Et beaucoup de gens qui arrivent au jeûne pour des raisons diététiques et pour perdre des kilos font l’expérience d’autre chose, qui les touche dans l’intime, dans les relations plus fines avec les gens. Ce faisant ils auront vécu quelque chose de l’ordre plus spirituel, mais vous savez entre le psychique et le spirituel, la frontière n’est pas évidente.
Sur le plan religieux on pense plus au Ramadan, qui occupe le terrain médiatique... Effectivement le Ramadan est un temps fort, presque plus connu que le carême ! Et au-delà de ceux qui font bombance le soir et grossissent, nombre de musulmans prennent ce moment comme un temps d’approfondissement de leur vie spirituelle.
Trouvera-t-on pendant les Assises une approche commune entre les trois monothéismes ? Oui, dans les trois religions du livre et dans les autres grandes traditions religieuses, à travers l’expérience de la faim volontaire – le mot volontaire est important car la privation volontaire de nourriture est une démarche conscience et libre - permet de creuser le fait que l’homme ne se nourrit pas seulement de pain mais aussi de toute parole qui sort de la bouche de Dieu, comme le dit Jésus au début de son jeûne de 40 jours au désert. Il permet de creuser la faim de Dieu en nous, de comprendre que au fond, on est des êtres finis, mais faits pour l’infini, que la mesure de l’homme est qu’il est sans mesure, qu’il est fait à l’image de Dieu et pour Dieu. Ce ne sont pas que des mots : quand vous jeûnez, vous sentez cette fragilité profonde qui vous ouvre sur quelque chose de beaucoup plus grand, qui vous ouvre aussi sur le besoin de l’autre, de la relation à l’autre. L’ouverture à autrui est beaucoup plus fine, plus grande et comme vous le savez, dans la tradition chrétienne mais aussi dans le judaïsme et dans l’islam, s’ouvrir à l’autre, c’est s’ouvrir à Dieu.
On connaît assez bien le Ramadan, mais quelle est la place du jeûne dans la tradition juive ? Il existe le jeûne de 5 jours du Yom Kippour, le grand Pardon, un autre jour de jeûne de 24 heures, l’été en commémoration de la destruction du Temple et 5 jours de jeûne mineur répartis dans l’année.
Les prescriptions sont-elles faciles à appliquer pour ceux qui veulent pratiquer ? Cela dépend de votre degré d’implication dans votre vie intérieure et spirituelle : plus vous êtes engagés, et plus ça vous paraître facile et plus vous serez dégagés, plus ce sera extérieur. L’enjeu est d’habiter ces jeûnes rituels de l’intérieur. Chez les musulmans, le ramadan dépasse le rituel car la dimension sociale est importante : il structure la société. Il faut rappeler que les jeunes musulmans sont préparés progressivement à jeûner, de même que les jeunes juifs. La pédagogie du jeûne a malheureusement disparu de la sphère chrétienne, surtout catholique. Il faut dire que les orthodoxes sont restés plus fidèle à leur tradition de jeûne alors que le monde protestant en est toujours resté éloigné et que les catholiques l’ont oublié au fil des siècles.
Ainsi le monde orthodoxe a gardé la pratique du jeûne... Le monde orthodoxe est resté plus attaché aux pratiques de jeûne dont il a mieux perçu le lien étroit avec la prière et la charité. Les trois forment un triptyque qu’il ne fait pas séparer. Ils font le grand carême et sont végétaliens pendant toute sa durée sauf le samedi et dimanche, jours de fête car commémorant la renaissance du Christ. En plus de quelques jours dans l’année où ils ne mangent pas du tout du matin au soir.
Et le monde protestant, ce n’est pas son affaire ? Les protestants sont plus méfiants vis-à-vis de l’ascèse, ce n’est pas leur affaire. Mais il existe une communauté de religieuses en Suisse à Grand Champs qui anime des sessions de jeûne et bible depuis plus de 20 ans maintenant. Il existe aussi des groupes protestants en Suisse, en Allemagne et en Scandinavie qui jeûnent, les jeûnes communautaires de carême, lancés en Suisse francophone par Harri Wettstein, qui sera présent aux Assises.
Et le monde catholique romain apostolique ? Cette tradition n’était-elle pas teintée de pénitence ? Il a été pénitence, obligatoire, et au fil du temps on en a perdu le bien-fondé. C’est devenu une discipline un peu absurde et tout l’enjeu aujourd’hui est de se réapproprier une pratique millénaire en liberté et de lui redonner du sens. Il y a un mouvement de réappropriation du jeûne dans la sphère catholique qui se traduit par toutes les propositions jeûne et prière, jeûne et bible qui marchent très bien. Ce n’est pas un mouvement de masse : la majorité des fidèles reste éloignée de ça, mais on sent bien une attirance auprès des plus jeunes générations, celles qui n’ont pas connu la guerre.
Végérariens, ou végétaliens ? Quand on jeûne, on ne mange rien du tout, pas de nourriture solide ! On boit du thé léger, des infusions, des jus de fruits et de légumes. On peut faire la distinction entre la privation totale de solide et l’abstinence qui supprime certains mets plus ou moins savoureux. Ne confondons pas jeûne et abstinence. Les Orthodoxes par exemple sont restés fidèles à une abstinence stricte au végétalien. Les gens qui jeûnent allègent leur consommation et vont spontanément vers une nourriture plus végétarienne, naturellement moins carnée. Il y a une prise de conscience. Aux Assises, les repas seront végétariens et cela a du sens pour nous.
On a tous en tête le jeûne de Jésus et les prescriptions de l’ancien testament. C’est important de remonter aux racines bibliques ? Le grand livre du jeûne ouvre sur la tradition juive car c’est la plus ancienne et c’est d’elle que remonte la tradition chrétienne. Dans l’ancien testament, il y a de nombreuses références au jeûne et on voit bien que le jeûne était une pratique courante dans les milieux juifs anciens, qui jeûnaient le lundi et le mercredi pour creuser leur expérience de Dieu, de la vie intérieure et spirituelle. Dans le nouveau testament, l’apostolat de Jésus commence ainsi, par le jeûne de 40 jours. Il fait aussi quelques autres allusions, même si on le voit plus souvent en train de manger ! Il n’existe pour autant aucun doute sur sa pratique du jeûne. Ce qui diffère du premier testament dans son enseignement, c’est son insistance sur le jeûne en vérité, discret, secret, sans ostentation.
Le jeûne n’isole pas ? Pas du tout ! J’insiste beaucoup sur la dimension relationnelle du jeûne. On jeûne pour se faire du bien, pour son corps, son âme et son esprit, mais on jeûne aussi pour les autres en solidarité. Dans certains groupes de jeûne, on met de côté ce qu’on n’a pas mangé pour soutenir une oeuvre caritative. Il existe aussi une belle solidarité entre les jeûneurs. On jeûne avec les autres, et pour s’ouvrir plus finement à ce qui est extérieur, y compris avec la création. Il peut y avoir une dimension écologique.
Y-a-t-il une dimension pacificatrice ? Dans la consommation carnée, il y a une notion de violence contre la création... Oui, c’est pour cela que la prescription est d’être végétalien pendant le carême orthodoxe et dans le monde catholique, pendant les carêmes (pendant l’avent et avant Pâques). Etre végétalien, c’est refuser cette violence faite à la création et au monde animal en général Cela m’a toujours frappé que les contemplatifs du monde entier ont toujours été végétar/liens, c’est une constante dans les grandes traditions spirituelles.
Et au sommet de Copenhague, les jeûneurs ont-ils milité pour moins de viande ? Des pétitions ont circulé pour supprimer la consommation de viande pendant la durée du sommet en terme de souffrance animale, de santé personnelle et surtout en terme d’impact environnemental. Il y a là un vrai combat à mener, en dehors de la seule sphère des croyants. L’enjeu est réel de manger en respectant l’environnement et les pays en développement dans une recherche de partage des richesses et des ressources.